Appréhension .Il marchait sous la pluie depuis près d'une heure . Son uniforme trempé lui glaçant la peau, et ses mèches châtains lui obstruant la vue . Il aurait pu y aller le lendemain matin, à l'apparition des premiers rayons lumineux . Mais il était un homme entêté, et dépourvu de toute patience . Il voulait la voir maintenant . Tout de suite . Il avait déjà trop attendu . La guerre s'était enfin achevée, le libérant ainsi de son devoir . Après des années de lutte acharnée, et de vies dérobées, elle avait finalement cessé . Et lui, était indemne, entier, et il rentrait enfin à la maison . Il rentrait retrouver la femme qu'il aimait . Celle à qui il avait fait toutes ses magnifiques promesses . Celle à qui il avait pensé jours et nuits durant des années . La revoir l'obsédait, le tourmentait même . Elle avait cessé d'écrire un an auparavant, lui avait intimé d'en faire de même . Elle lui avait demandé de l'oublier, de tourner la page comme elle le ferait . Mais il n'avait pas pu . Il n'avait pas même voulu essayer . Sa dernière lettre avait pourtant été on ne peut plus claire . Mais il en fallait plus pour abattre un homme fou d'amour . Le papier, terni par les années, qu'il avait tant et tant de fois relu, reposait dans la poche de son pantalon . Il était froissé, abîmé, et les larmes qu'elle avait versé étaient encore visibles . Il la ressortit, pour la énième fois depuis qu'il s'était mis en route, et parcourut à nouveau de ses yeux bleus sa magnifique calligraphie .
Aaron, mon amour .
Les automnes passent, et les journées sont de plus en plus longues .
La possibilité que jamais tu ne puisses honorer tes promesses me hante .
L'écoulement du temps me fait peur, et ton non retour m'effraye, m'angoisse, me terrifie même .
Tu as promis de revenir, de m'épouser, et de toujours m'aimer .
Tu as promis de vieillir à mes côtés, et je suis terrorisée à l'idée de ne jamais plus te revoir .
Aujourd'hui Lily était à la maison, elle avait reçu un courrier l'informant du décès de son fiancé, tu sais ton ami Michael Bennet.
Elle était effondrée, le visage pâle et sans vie . Elle était inconsolable .
Et c'est là que j'ai réalisé que j'espérais vainement, que je me tuais à petit feu à t'attendre, alors que peut être jamais tu ne me seras rendu .
Je ne peux plus Aaron .
T'attendre indéfiniment ne m'est plus possible .
Espérer chaque réveillon que tu entres par la petite porte en bois massif, je ne le veux plus .
Cette attente me meurtri, me détruit .
Je ne réalise pas encore ce que je fais, je me hais de te faire ce mal, toi qui souffre déjà assez.
Je t'aime tu sais, mais parfois ça ne suffit pas .
Aaron, c'est finit .
Je ne veux plus t'attendre, c'est au dessus de mes forces .
Alors je n'écrirai plus, et j'espère que tu en feras de même .
Oublie moi, et je tâcherai de tourner la page moi aussi .
Eternellement tienne, Rose .
Il savait maintenant ce qui l'effrayait dans ces retrouvailles .Cette nouvelle lecture lui avait ouvert les yeux . Oui il savait à présent . Il avait peur, peur d'avoir été remplacé, peur que le vide qu'il avait laissé en partant ait été comblé . Il avait peur qu'elle en aimât un autre, qu'elle ait refait sa vie . La distance se faisait de plus en plus minime, et il enjambait à grands pas les roseaux et mauvaises herbes qui recouvraient le sentier . Son coeur tambourinait à toute allure dans sa poitrine, et son souffle était saccadé . Il atteignit enfin la petite porte en bois, dont il avait tellement rêvé lorsqu'il était à la guerre, et frappa doucement . Deux coups quasiment inaudibles, qu'il répéta par la suite . La porte s'ouvrit brutalement, grinçant au passage, et laissant apparaître un petit garçon de trois ans à peine .
Texte de Mlle K'.